Livre Blanc de Catalogne Nord : 55 propositions et 55 municipalités pour la catalanité


Les principaux axes du « Livre Blanc de Catalogne Nord » sont la normalisation de la présence du catalan dans l'espace public; l'enseignement en catalan; l'organisation de fêtes populaires et traditionnelles; les liens avec le reste des Pays Catalans; etc...   Le « Livre Blanc de Catalogne Nord » a été élaboré par les Angelets de la Terra avec l'aide de professeurs de l'Université de Perpignan, spécialisés dans la toponymie, l'histoire et l'enseignement du catalan, mais aussi plusieurs acteurs de la vie culturelle, associative et économique de notre département (voir la liste ci-dessous).   Le « Livre Blanc de Catalogne Nord » développe 55 propositions concrètes pour la catalanité qui ont été soumises à toutes les municipalités nord-catalanes.   55 municipalités participent au « Livre Blanc de Catalogne Nord » en y présentant leurs actions et les projets en lien avec la catalanité. De nombreuses autres communes souhaitent aussi participer à ce projet. C'est pourquoi une deuxième édition est déjà prévue, afin de donner une place à toutes les communes de Catalogne Nord et de faire un premier bilan.   L'association culturelle, autogérée et indépendante des Angelets de la Terra était à l'origine un groupe de supporters de l'USAP et des Dragons Catalans, de 2001 à 2009. Elle coordonne depuis 2010 un collectif autogéré et autofinancé de centaines de musiciens. En 2018, elle a organisé 4 festivals « Concerts per la Llibertat » pour la liberté et la démocratie avec la participation de 40 groupes. En 2019, une cinquantaine de communes ont accueilli leur exposition collective de photojournalisme « Visca per la Llibertat ». En 2020, 23 listes aux municipales ont porté le « Label Cultural » des Angelets de la Terra dont elles ont signé la charte et 14 d'entre elles ont gagné ces élections. Aujourd'hui, le « Livre Blanc de Catalogne Nord » reprend et développe les trois points de la charte de ce « Label Cultural »: langue, culture, pays.   Des exemplaires du « Livre Blanc de la Catalogne Nord » seront offerts à toutes les municipalités, participantes ou pas de cette première édition, à partir de la mi-mai 2021. Ainsi, il sera possible pour tous les élus et les habitants de se procurer ce livre dans les mairies.   Ont participé à la réalisation du « Livre Blanc de Catalogne Nord »: Berenguera Sunyer (psychologue), Christian Troadec (maire de Carhaix), Coleta Planas (conseillère pédagogique de catalan retraitée et poétesse), Daniela Grau (professeur de catalan retraitée), Geneviève Labat (chef d'entreprise), Gildas Girodeau (écrivain), Jaume Gubianas (dessinateur), Joan Peytaví Deixona (professeur d'université spécialiste en toponymie), Joan Planes (co-fondateur des Angelets de la Terra), Michel Leiberich (professeur d'université retraité), Nicolas Marty (professeur d'université spécialiste d'histoire économique et sociale), Olivier Poisson (président de L'ASPHAR), Pierre Lissot (directeur de l'Office Public de la Langue Catalane), Priscilla Beauclair (graphiste et journaliste au Travailleur Catalan), Ramon Faura-Llavari (chef d'entreprise), Rémy Farré (président de l'Associació Catalana d'Estudiants), Richard Bantegny (caméraman, photographe), Rita Peix (docteure en Etudes catalanes et transfrontalières, formatrice pour l'enseignement bilingue)...

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Les armoiries de la Catalogne
(13-05-2022)
Imaginons la scène suivante : Nous sommes à la fin du IXème siècle et « Guifred le Velu (840-897), comte de Barcelone, agonise, mortellement blessé. Le comte et ses chevaliers barcelonais se sont battus vaillamment à côté l’Empereur carolingien pour repousser les Normands. S’approche l’empereur de la couche du comte, et pour le remercier de son aide, trempe sa main dans le sang qui jaillit de sa blessure et passe les quatre doigts ensanglantés sur le bouclier d’or de Guifred. A partir de ce moment-là les comtes de Barcelone arborent les armoiries avec les quatre barres rouge sang sur fond doré. » Il y a beaucoup de versions différentes de la légende, qui apparait en fait seulement au XVIème siècle à Valence. Elle a été ensuite embellie, dramatisée et mise en scène par les écrivains de la Renaixença lors du réveil de la littérature catalane à l’époque du romantisme. Ainsi parlent Guifred le Velu et l’Empereur dans le poème de Jacint Verdaguer la « Légende de Montserrat » : « Je ne me plains pas de mes blessures, mais je me plains de mon honneur, parce qu’au champ de bataille mon bouclier ne porte pas de fleurs ». « Si ton bouclier est vide, ta poitrine est rouge ». Et il mit ces doigts dans la blessure, et il les passa par le bouclier d’or. Et si le comte pleurait déjà, et pleurait encore plus fort, mais ses larmes de douleur sont déjà larmes de joie. « Grand merci, roi de France, grand merci l’Empereur… » Cette légende émouvante et chevaleresque n’est pas historique, mais elle est un élément central et très populaire dans l’imaginaire national catalan. Cela dit, comme toutes les légendes elle a un noyau historique symbolique. Elle met en scène un personnage clé de l’histoire de Catalogne, le compte de Barcelone, Guifred le Velu – né dans le Conflent – et un empereur carolingien. Elle souligne de cette manière la relation bien historiques entre les comtés catalans, Urgell, Cerdagne, Roussillon, Barcelone, et autres avec l’Empire. Le blason des quatre barres sur fond d’or – le blason des comtes de Barcelone - est un des plus anciens d’Europa. Il a été transmis à beaucoup de villes et localités de la Principauté de Catalogne, à des territoires et villes d’Occitanie, du règne d’Aragon, de Majorque, de Valence et de Sicile. Il apparait en fait pour la première fois dans le sceau de Raimond-Bérenger IV (1131-1162), comte de Barcelone, de Gérone, d’Osona et de Cerdagne. Le sceau est conservé aux archives départementales de Marseille. Ce blason est intimement lié à la naissance de la Catalogne qui surgit de l’ensemble des comtés des Pyrénées et qui s’indépendantisent peu à peu de l’Empire. Avec l’occupation violente des territoires de la couronne catalano-aragonaise entre 1707-1717 par le bourbon Phillipe V pendant la guerre des Successions - qui annonce la répression implacable de l’Etat espagnol contre les institutions et la culture catalanes, ce blason disparaît des pays catalans et de l’Aragon et sera remplacé par les armoiries de Castille et des Bourbons, le château, le lion et la fleur de lis. C’est seulement avec la « Renaixença » du XIX siècle que le mouvement du renouveau de la culture catalane se saisi de ce symbole historique et il réapparait aves force à nouveau dans l’architecture, l’art, la littérature et dans l’imagerie autour de l’idée de la nation catalane. Depuis la mort du dictateur Franco ce symbole fort retrouve sa place dans le symbolisme héraldique des Pays catalans. Michel Leiberich, professeur d'Université (Palau del Vidre)
Les Angelets à la Jordinada 2022, à Cornellà de Llobregat
à - Cornellà de Llobregat (CATALUNYA SUD) (24-04-2022)
Conférence sur la Catalogne Nord et les Angelets de la Terra à la Jordinada 2022, à Cornellà de Llobregat. Très bon accueil et plus de projets en perspective. (Photo par Aina FAURA) La Jordiada est une fête traditionnelle de la culture populaire catalane qui se tient chaque année depuis 1993 le dimanche le plus proche de la semaine de Sant Jordi, dans le Parc de Can Mercader de la commune de Cornellà de Llobregat. C'est une journée de proximité avec une ambiance festive qui veut symboliser l'amitié et la joie de vivre entre les citoyens locaux, en éclats de lumière et feux d'artifice. Pendant la journée, il y a des activités musicales et pour enfants, des chorales participent et des sardanes sont dansées. Il y a aussi diverses expositions d'artisanat folklorique et les castellers, dragons, diables et géants de la ville y participent. L'événement est complété par des foires, des concours de livres, de fleurs, de peinture et de photographie, ainsi que des expositions de dentelles à coussins. Il y a un déjeuner de fraternité et une brûlure de habanera. HistoireEn 1992, une commission a été créée pour organiser une réunion des organisations de culture populaire liées à Cornellà de Llobregat. Lluís Castells i Pi était le membre de la commission qui a proposé le nom, qui a reçu l'approbation des autres membres. Elle eut lieu pour la première fois le 18 avril 1993. La JORDIADA - n'était initialement que le titre d'une illusion partagée à laquelle il fallait donner le contenu approprié, ceci en charge de la spécialité de chacune des entités impliquées dans le projet. Cette exigence a été prise en charge, année après année depuis vingt-trois éditions annuelles consécutives par les entités cornéennes de la culture populaire catalane en fonction de leurs apports particuliers, comptant à la fois sur le soutien décidé des autorités locales et sur le fruit de cet effort collectif se retrouve dans la splendide réalité actuelle du festival, qui pourrait bien s'appeler JORDIADA - LA FÊTE DU PRINTEMPS de la ville de Cornellà de Llobregat. Depuis 2012, le Musée de Mathématiques de Catalogne collabore également, situé au Palau de Can Mercader. Dans l'édition 2015, un hommage a été rendu à Ovidi Montllor.
Jean-Louis PRAT (1944-2021): philosophe et défenseur de la langue et de la culture catalanes
(14-04-2022)
Né le 31 janvier 1944 à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mort le 11 mars 2021 à Elne (Pyrénées-Orientales), professeur agrégé de philosophie, titulaire du DEA d’études catalanes ; militant de la Ligue communiste (LC/LCR) à Toulon puis à Perpignan de 1970 à 1976 ; membre du groupe départemental de l’École Émancipée du Var puis des Pyrénées-Orientales ; défenseur passionné de la langue et de la culture catalanes. L’honnêteté intellectuelle n’est pas donnée à tout le monde. Jean-Louis Prat en avait fait sa règle de vie. Il nous reste, pour nous inspirer de ce grand penseur français et catalan, son blog (jeanlouisprat.over-blog.com) dont la grande richesse de réflexions dépasse le cadre de la philosophie. Une somme de 247 articles résumant toute une vie de réflexion. Jean-Louis Prat a fait de son blog, commencé en 2009, le dépositaire de ses multiples champs d’études, avec, certes, une prédilection pour les philosophes, d’Épicure à Sartre, mais ne se privant pas d’analyser avec le même esprit critique des personnages de romans comme Scarlett O’Hara ou Sherlock Holmes, des problématiques actuelles telles que l’indépendance de la Catalogne, l’extrême droite à Perpignan ou la gestion de la pandémie par le gouvernement. S’il admire Castoriadis, Merleau-Ponty et Jean-François Revel, il ne les épargne pas pour autant, même s’il décoche plutôt ses flèches sur « le juge » Michel Onfray. Joan Lluís Prat al programa Memòria.   Jean-Louis Prat naquit à Perpignan (Pyrénées-Orientales), mais il passa son enfance à Elne, petite ville des Pyrénées-Orientales, dans laquelle il décéda. Sa mère, Edmée, Jeanne Prat (13 février 1921-16 juillet 2004) lui donna son patronyme et l’éleva avec le fils de son nouveau compagnon, un cheminot. Jean-Louis Prat fut scolarisé à l’école primaire publique d’Elne. Sa mère appartenant à une famille traditionaliste, il reçut une éducation religieuse sérieuse. Ayant perdu la foi à la fin de son adolescence, il conserva une culture religieuse importante, féru de connaissances théologiques. Il a confié à Daniel Guerrier et à Serge Latouche d’avoir continué à aller à la messe le dimanche jusque jusqu’en 1967, donc jusqu’à 23 ans. Au moment de son adolescence, sa mère lui révéla l’identité de son père, Josep [José] Mechó Almela, un militant communiste, membre du PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne, communiste). Né à Valence (Espagne) le 27 juin 1919, électricien, Mechó arriva en France au printemps 1939, après la défaite des républicains espagnols devant les troupes de Franco. On ignore son grade dans l’Armée populaire de la République espagnole. Il séjourna dans un premier temps au camp d’Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), puis fut versé à partir du 7 janvier 1940 dans la 41e compagnie de travailleurs étrangers (CTE), affecté à la garde de l’important parc automobile ramené par les républicains espagnols, lors de la Retirada, au Champ de Mars de Perpignan. Ensuite, il travailla aux mines de fer de Fillols, dans le Conflent (Pyrénées-Orientales), au sein d’un groupement de travailleurs étrangers (GTE). C’est dans ces circonstances qu’il eut une liaison avec cette jeune fille d’Elne et qu’ils eurent un fils, Jean-Louis. Son père ne l’a pas connu, car peu avant sa naissance, il était parti pour une mission clandestine à Barcelone, d’où il ne revint jamais. Son père avait participé à l’action de l’AGE (Première brigade, des Pyrénées-Orientales, de l’Agrupación de guerrilleros espa֤֤ñoles (AGE), groupe armé du Parti communiste d’Espagne, en France, sous l’occupation allemande) en Conflent, en particulier au sein de la filière de passage vers l’Espagne « Ajax » (Gual et Larrieu, op. cit.). Il semble qu’une fois devenu adulte, et assez tardivement, Jean-Louis Prat ait eu des contacts avec des membres de la famille de son père à Barcelone (rencontre avec son grand-père paternel à Barcelone) et/ou à Valence (conversation téléphonique avec son père, fuyant et semblant ne se rappeler de rien). Brillant élève, il fit ses études secondaires au lycée François-Arago de Perpignan, de la sixième jusqu’au baccalauréat (1961), fortement marqué par son professeur de philosophie de terminale, Jacques Rodier, puis en classes préparatoires au lycée Pierre de Fermat, à Toulouse (Haute-Garonne). Au lycée Arago de Perpignan, il apprit les langues anciennes, le latin et le grec, qu’il maîtrisait parfaitement et qu’il perfectionna à Toulouse et ne cessa de cultiver. Puis, il fit ses études supérieures de philosophie à l’université de Toulouse jusqu’en 1967. Il suivit les cours des professeurs Robert Blanché (1898-1975), Georges Bastide (1901-1969), et de Gérard Granel (1930-2000) jeune professeur charismatique dont le cours sur les Manuscrits de 1844 de Karl Marx était très suivi. Ayant obtenu l’agrégation de philosophie en 1967, il fit sa première année d’enseignement au lycée Henri-Poincaré de Nancy, puis partit en coopération à Tunis. Pendant deux années (1968-69 et 1969-70), il fut professeur de philosophie à l’École nationale des professeurs-adjoints (ENPA) qui préparait les futurs professeurs de collège, des étudiants souvent très motivés. L’un d’entre eux, Noureddine Lamouchi, poursuivit ses études et devint un spécialiste universitaire reconnu de Jean-Paul Sartre. Bien qu’éloigné de la France, il fut très marqué par les événements de Mai 68, qu’il suivit par les journaux, Le Monde et Le Nouvel Observateur. Il pouvait aussi lire les revues, comme Les Temps modernes, à la bibliothèque du lycée Carnot de Tunis. Il découvrit également la biographie en trois volumes de Léon Trotsky par Isaac Deutscher et les œuvres de Trotsky récemment rééditées par les Éditions de Minuit : 1905, Lénine, Nos tâches politiques, L’Internationale communiste après Lénine. Il lut aussi Front populaire, révolution manquée de Daniel Guérin et La Révolution inconnue de Voline. Enfin, il fut passionné par Mai 68 : la Brèche, le livre écrit à chaud par Edgar Morin, Claude Lefort et Jean-Marc Coudray, sans savoir que sous ce pseudonyme se cachait Cornélius Castoriadis, dont l’œuvre le marquera profondément. De retour en France, il fut nommé en septembre 1970 professeur de philosophie au lycée Dumont-d’Urville à Toulon (Var). Sans aucune expérience ni politique ni syndicale, il décida de contacter la Ligue communiste, le groupe qui lui paraissait le moins sectaire, tolérant en son sein l’existence de tendances. Il écrivit au journal Rouge et peu après il reçut la visite de Michel Samson, alors étudiant à Aix-en-Provence, plus tard journaliste à Rouge puis au Monde. Il fut mis en contact avec deux sympathisants locaux, Michel Jean et Roland de Martelaere, tous deux artisans en bois d’olivier, mariés, pères de famille et habitant en périphérie de Toulon. Michel Samson lui proposa de participer à un meeting international à Bruxelles contre l’intervention militaire américaine au Vietnam. Il fit donc partie des quelques 1100 militants de la LC qui rejoignirent leurs 2500 camarades belges, allemands, anglais, italiens, espagnols, suisses, à Bruxelles, les 21-22 novembre 1970 pour écouter Ernest Mandel et Tariq Ali, les leaders de la Quatrième internationale. Les cars ayant été arrêtés à la frontière, les militants furent fichés, ce qui valut à Jean-Louis Prat la visite d’un officier des renseignements généraux quelques jours après. Il en voulut à la Ligue pour une légèreté qu’il comprenait mal de la part d’une organisation qui se réclamait du parti bolchevik. Toulon, grand port militaire et ville dépourvue d’université, était une terre de mission pour la LC. Elle n’y avait aucune implantation et le maire Maurice Arreckx, un homme politique situé très à droite, membre de l’UDF-PR, ne facilita pas la tâche à la cellule de trois militants qui se forma au début de l’année 1971. Ainsi pour sa première réunion publique, une salle municipale leur fut refusée par le maire (Rouge n°138, 31 décembre 1971). Quant à la police, elle harcelait les militants. Ainsi, Jean-Louis Prat fut arrêté à une porte de l’Arsenal de Toulon alors qu’il distribuait des tracts du Secours rouge avec de jeunes sympathisants lycéens. Embarqués dans un fourgon de police, ils furent interrogés, photographiés, mais ne furent pas poursuivis devant les tribunaux. Le proviseur de son lycée, lui-même, le convoqua et lui signala que ses activités politiques étaient inappropriées pour un éducateur. Il fut même suspecté par les parents d’un élève d’être responsable de sa disparition momentanée, alors que celui-ci était tout simplement allé à un concert de musique pop. Malgré tout, Jean-Louis Prat continua à jouer le jeu. Ainsi, il fut délégué par ses camarades au IIe congrès de la LC qui se tint à Rouen les 29, 30 et 31 mai 1971. Il prit aussi la parole lors de réunions publiques, portant la contradiction ou posant des questions gênantes aux orateurs des partis de gauche, Michel Rocard, Raymond Guyot (PC) et même François Mitterrand] lors de la campagne pour les élections législatives de 1973. Puis arrivèrent à Toulon des militants de la région parisienne, « mieux rompus que nous au style national de l’organisation » (Blog de J.-L. Prat, 4 novembre 2013), Dominique Herman et sa compagne Anne Gerbe (aux pseudonymes pittoresques : Roméo et Juliette, puis Gatsby et Juliette). Le premier fut bientôt inculpé d’offense à chefs d’État, car au cours d’une manifestation contre l’intervention militaire américaine au Vietnam, avait été brandi un panneau portant : « Nixon assassin, Pompidou complice ». Bientôt la cellule passa de trois militants à une dizaine, auxquels s’ajoutaient les sympathisants des comités rouges. Malgré l’arrivée de Michel Clayeux, professeur de collège à la Seyne-sur-Mer, ville de chantiers navals située sur la rade de Toulon, candidat de la LC aux élections législatives de mars 1973, Jean-Louis Prat trouva bientôt ce militantisme très éprouvant. Les quelques réunions publiques que la LC avait fini par réussir à tenir rassemblaient un faible effectif, 70 personnes à la Seyne-sur-mer le 2 juin 1972 puis 150 personnes à Toulon le lendemain avec Alain Krivine. Et à chaque fois, les militants du PC, venus nombreux, intervenaient avec agressivité, créant un climat peu propice aux prises de contact éventuelles (Rouge n°161, 10 juin 1972, p.11). Cette appartenance à la LC ne l’empêcha pas de nouer des liens étroits avec René Merle, son collègue agrégé de lettres au lycée Dumont-d’Urville, un militant du Parti communiste, très engagé dans la défense de la culture occitane. De même, Jean-Louis Prat se sentait à l’aise dans le Groupe départemental (GD) de l’École Émancipée du Var (le GD 83), un groupe nombreux, actif et varié. S’y côtoyaient des militants de la LC, mais aussi des militants du PSU, de Lutte Occitane, des francs-maçons de la Ligue des Droits de l’Homme, des libertaires, des syndicalistes révolutionnaires, des électrons libres, écologistes de la première heure.En 1973, aux élections à la CA nationale du SNES, il faut présenté comme candidat au secrétariat de catégorie de agrégés. C’est dans ce groupe qu’il fit vraiment la connaissance de celle qui allait devenir sa femme le 16 avril 1974, Janine, Régina, Marianne Cochet, née le 12 février 1943 à La Seyne-sur-Mer (Var) et décédée le 10 septembre 2012 à Perpignan. Sa famille était originaire du Guildo, proche de Saint-Malo et les hommes se répartissaient entre la Marine nationale et la marine marchande, d’où l’installation de certains à Toulon et La Seyne, avec ses chantiers navals. Son père était un marin breton —. Janine était institutrice spécialisée, ils eurent un fils, Erwan, né le 9 octobre 1975 à Perpignan. Jean-Louis Prat, ayant épousé une Bretonne, s’intéressa beaucoup à la Bretagne, où il prit l’habitude de passer plusieurs semaines chaque année, en particulier en été. Il n’avait pas manqué de faire le rapprochement entre deux nationalités dotées d’une forte personnalité, la Catalogne et la Bretagne. C’est par un membre de l’ÉÉ, Pierre Borel, ancien militant de Socialisme ou Barbarie, qu’il découvrit l’œuvre de Castoriadis qui lui permit de surmonter le trouble occasionné par cette expérience militante insatisfaisante : « Ça a été le début […] d’une thérapie politique. À ce moment-là j’étais embarqué dans un groupuscule trotskyste, la LC. Cela m’a aidé à m’en défaire », expliqua-t-il dans un entretien avec François Dosse (Dosse, 2014, p. 490). À partir de septembre 1973, il s’installa à Font-Romeu (Pyrénées-Orientales), car il avait été nommé professeur de philosophie au lycée Pierre-de-Coubertin de cette ville, un lycée climatique situé à 1850 mètres d’altitude. Nommé ensuite au lycée Henri IV de Béziers (Hérault), ils louèrent, avec sa femme, un appartement près de la gare de Perpignan, ce qui lui permettait de rejoindre Béziers, située à 100 km de là, par le train, lui qui passa tardivement le permis de conduire et n’en fit pas usage. C’est là, en 1976, que Daniel Guerrier fit la connaissance de Jean-Louis Prat, se rapprochant des idées marxistes libertaires, en tant qu’abonné à Front libertaire des luttes de classes édité par l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) qui deviendra l’OCL. Puis au début des années 1980, il fut nommé au lycée Arago de Perpignan où il termina sa carrière d’enseignant en 2002. Il avait continué à militer jusqu’en 1976 à la section de la LCR de Perpignan, mais au cours des élections présidentielles de 1974, il se montra très intéressé par la campagne de René Dumont, le premier candidat écologiste. On peut dater ainsi son intérêt pour l’écologie qui ne cessera de s’affirmer par la suite. Cet intérêt fut nourri par les réflexions inspirées par l’œuvre – qu’il admirait — d’André Gorz qui, à partir de 1975, adhéra pleinement aux thèses écologistes. Jean-Louis Prat s’investit surtout, jusqu’à la fin des années 1980, dans le groupe départemental (GD) de l’ École Émancipée des Pyrénées-Orientales et le militantisme au sein du SNES. Ainsi, en 1982, avec son GD, il fut un des organisateurs de la Semaine École Émancipée, la rencontre annuelle des militants venus de toute la France, à Enveitg (Pyrénées-Orientales), en Cerdagne. Il avait également été candidat aux élections municipales de 1977 à Perpignan, sur la liste « Pour le socialisme, le pouvoir aux travailleurs », une liste rassemblant des militants de la LCR, de la mouvance catalaniste progressiste (dont la tête de liste, le cheminot Pierre-Yves Baron (1942-2017), militant de la CFDT et de l’Esquerra catalana dels treballadors) et des militants d’extrême gauche non encartés, dont de nombreux syndicalistes, comme Jean-Louis Prat ou André Balent. Cette liste portait une série de revendications régionalistes, demandant notamment que les autorités se soucient davantage de l’enseignement de la langue catalane et de la diffusion de la culture catalane dans la presse écrite et audiovisuelle. Il avait pris très au sérieux sa candidature, il demanda à l’Éducation nationale le congé de 15 jours auquel il avait droit pour mener campagne. Il y avait des listes unitaires de ce type, associant habituellement la LCR, LO et l’OCT, dans une trentaine de grandes villes de France. À Perpignan la liste obtint 2,90 % des suffrages exprimés. Ayant appelé à voter pour la liste d’Union de la Gauche au second tour, les militants d’extrême gauche menèrent une campagne active, parallèlement à celle des militants de gauche, ne parvenant pas à éviter la réélection de Paul Alduy à la mairie de Perpignan. Tous ceux qui l’ont connu témoignent de sa grande culture. Ainsi, raconte Jean-Daniel Bezsonoff-Montalat, lors d’une excursion en Andorre, il lui expliqua « dans les moindres détails » les différences entre les dialectes du grec ancien, l’ionien et l’attique, le dorique et l’éolien, qui finirent par se combiner pour donner naissance à la koiné, la langue véhiculaire de la Grèce ancienne (L’Indépendant, 11 avril 2021, article en catalan). Mais il était capable, aussi, d’écrire sur le cinéma japonais ou sur l’histoire de la Louisiane ou sur Georges Brassens qu’il admirait depuis son enfance, dont il connaissait les chansons par cœur. Les 247 articles de son blog, jeanlouisprat.over-blog.com, témoignent de cette curiosité. Il avait été introduit dans le MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales) par son collègue et ami Jean-Luc Boileau, ancien élève d’Alain. Il participa aux rencontres d’été du MAUSS dans les années 1980. C’est là qu’il fit la connaissance de Serge Latouche, professeur d’économie à l’université d’Orsay et principal théoricien de la décroissance. Ils devinrent très amis. Serge Latouche l’introduisit aux éditions La Découverte, où Jean-Louis Prat publia en 2007 une Introduction à Castoriadis dans la collection "Repères", fruit de nombreuses années de recherches. Cet ouvrage, traduit en plusieurs langues, réédité et enrichi en 2012, connut un beau succès. Il travailla et annota pour un éditeur espagnol Démocratie et relativisme, qui reprend le débat entre Cornelius Castoriadis et le MAUSS, un ouvrage traduit par les éditions Mille et Une Nuits en 2010, ouvrage de référence souvent cité. Le même éditeur a publié sous le titre Xénophon, l’Anabase, le texte d’Hypolite Taine, avec la préface et les commentaires de Jean-Louis Prat. Des publications qui lui apportèrent de belles satisfactions. Jean-Louis Prat maniait parfaitement la langue catalane – sur son blog, nombre de ses écrits dans cette langue en témoignent. De plus, il n’avait pas hésité à prendre un congé de formation de six mois, en 1997, pour préparer un Diplôme d’études approfondies (DEA) d’études catalanes sous la direction de Gentil Puig Moreno à l’Université de Perpignan-Via Domitia (UPVD). Le mémoire consacré au philosophe catalan Joan Crexells (1896-1926) lui permit d’obtenir la mention Très Bien. Son amour du catalan le poussa à soutenir, avec Jeanine, dès 1975, la Bressola, école alternative, immersive et laïque, dans laquelle ils inscrivirent leur fils Erwan. Avec sa femme ils prirent des responsabilités dans la gestion et la marche de l’école, Jeanine assurant dans les premiers temps bénévolement la surveillance de la cantine. Il eut aussi un rôle de passeur, mettant en contact Serge Latouche et Santiago Vilanova, militant de Catalogne-Sud, créateur de l’association « Una Sola terra », député Els Verds-Alternativa verda au Parlement de Catalogne. Prat organisa un colloque à Saint-Michel-de-Cuixà (Taurinya, Pyrénées-Orientales) réunissant Catalans du Nord et Catalans du Sud, dont tous gardaient un magnifique souvenir. Son engagement pour la Catalogne l’amena à nouer des liens d’amitié très forts avec Nicolas Garcia, maire communiste d’Elne — réélu en 2020 — et conseiller départemental des Pyrénées-Orientales, très engagé, à partir de 2017 dans la lutte pour la libération des prisonniers politiques de Catalogne sud. Jean-Louis Prat appréciait les études d’Emmanuel Todd, pour qui le rôle des structures familiales était fondamental dans la formation des comportements collectifs, des idées politiques et religieuses. Cependant, il ne voulait pas limiter la formation de l’identité catalane à l’influence de la seule « famille souche ». Plutôt que de « nationalisme catalan », il préférait parler de « nationisme », un concept développé par le grand penseur valencien Joan Fuster (1922-1992) (Prat, 1997, op. cit.). Il co-édita (édition critique avec notes infra-paginales) avec un groupe des Amis de Jean Rous un texte, précédemment publié de façon confidentielle, de cet auteur, préfacé par Pierre Chevalier, son biographe. Jean Rous, catalaniste convaincu, connaissant la problématique d’une communauté culturelle sans cadre politique institutionnel et luttant pour sa survie, comprit mieux les combats de la décolonisation qu’il a soutenus après la Deuxième Guerre mondiale. Jean-Louis Prat ne cessa de s’intéresser à l’actualité politique et sociale, participant à Perpignan aux grandes manifestations de l’automne 1995, et de nouveau en 2003. Il adhéra, pendant deux ou trois à l’ERC (Esquerra republicana sde Catalunya), parti historique sud catalan qui avait pris un tournant résolument favorable à l’indépendance de la Catalogne et avait organisé une « section » en Catalogne du Nord (les Pyrénées-Orientales). Toutefois, lors d’une réunion régionale nord-catalane de l’ERC, à la fin de 2004 ou au début de 2005, il fit, en interne, une critique de sa ligne politique, lui reprochant d’être, en substance, une « antenne » de Barcelone. Dans la foulée, il faisait état de sa démission du parti. Ses interventions pertinentes, son absence d’arrogance, son calme, sauf s’il était question de l’indépendance de la Catalogne », notait avec tendresse son ami Serge Latouche, charmaient son auditoire. Il pouvait aussi interpréter les chansons de Brassens, en faisant rouler les r, un artiste — « le macho bien aimé », ainsi l’appelait-il —, à qui il a consacré plusieurs articles éclairant sous un jour philosophique les œuvres du poète. Ses amis lui ont fait leurs adieux le 16 mars 2021 par un après-midi de soleil et de tramontane, accompagnés par les voix de Brassens (Brave Margot), de Claude Marti (Le temps des cerises, en occitan) et de Lluis Llach (Venim del Nord, Venim del Sud, en catalan), et la musique version jazz de Au bois de mon cœur, une chanson de Brassens. Il était adhérent aux Associations des Amis de Robert Rius (qu’il avait découvert sur le tard) et de Jean Rous. Une Association des Amis de Jean-Louis Prat a été constituée en janvier 2022, à Elne, dans le but, notamment, de publier ses textes.
Paul Molac écrit un éditorial pour le Llibre Blanc de Catalunya Nord
(11-04-2022)
(Ce texte est la contribution du député breton Paul Molac à la réflexion menée par les Angelets de la Terra en faveur des langues dites « régionales ». Un des éditoriaux du deuxième Llibre Blanc de Catalunya Nord sera rédigé par Pau Molac.)   Langues régionales – Quelles perspectives Le linguiste Bernard Cerquiglini dénombre 75 langues différentes en France. Leurs situations sont aussi disparates, certaines ne sont pas écrites, d'autres sont enseignées, certaines ont un statut très protecteur quand elles débordent les frontières. Cependant, elles ont une chose en commun, selon l’UNESCO, la totalité d’entre elles, sauf le basque, sont considérées en grand danger d’extinction. On constate même dans de très nombreux territoires que ce déclin est en réalité extrêmement rapide et peut se schématiser de la manière suivante pour les nouvelles générations d’adultes : pour une large partie de la population, leurs grands-parents parlaient breton couramment, leurs parents pouvaient comprendre une conversation dans cette langue et les enfants aujourd’hui ne connaissent plus que quelques mots. Ce déclin ne doit rien au hasard. Il est le fruit d'une politique menée constamment depuis le début du XIX° par les autorités françaises pour éradiquer ces langues. Le français est la seule langue officielle, la seule langue de l'enseignement, de l'administration et devient la seule langue de communication. Si une politique publique est responsable du déclin des langues de France, d'autres politiques publiques d’ampleur peuvent permettre à ce jour d’inverser la tendance, et de maintenir l’usage de la langue dans la sphère publique comme privée. Or, nos langues sont nos vies. Elles traduisent ce que nous sommes. Un héritage des aïeux, qui permet de nous définir et de nous identifier au sein d’une communauté. Loin de créer une quelconque forme de séparatisme que les tenants de l’unicité du peuple et de la langue ne cessent de mettre en exergue, cela permet de renforcer une cohésion qui permet une ouverture sur notre propre culture, notre propre réalité. Comment se définir et se projeter dans ce monde de plus en plus globalisé sans savoir qui on est ? Certains ignorent même la signification de leur nom, du nom du village où ils habitent. Connaître sa langue régionale c'est aussi ne pas être un ignorant de son propre pays. Si ces politiques publiques, incitatives d'aujourd’hui, doivent concerner l’ensemble des acteurs, des collectivités territoriales jusqu’à l’Etat, en passant par les Universités, c’est avant tout le secteur de l’enseignement qui est primordial. Il permet de recréer des locuteurs d’une langue qui n’est pourtant plus leur langue maternelle. Or, si nous pouvons constater certaines améliorations en la matière, elles sont loin d’être suffisantes. La faute à une opposition de principe au sein de la techno-structure du Ministère de l’Education nationale et du Ministre lui-même, mais aussi d’un manque singulier de moyens alloués à l’enseignement en langues dites régionales. Pourtant, Comment mieux faire apprendre les langues dans un monde polyglotte ? Comment développer les mécanismes du cerveau pour développer les connaissances et l'abstraction ? Autant de questions auxquelles, l'enseignement bilingue, avec une langue régionale, apporte des réponses. Les revendications et actions des militants portent peu à peu leurs fruits et parviennent à faire monter le rapport de force en notre faveur. Mais ce que j’ai pu constater lors de l’examen de la loi sur les langues régionales l’an passé, c’est l’incroyable basculement de l’opinion publique. Cela a pu se percevoir à travers le traitement médiatique, qui a été totalement différent entre la première et la deuxième lecture du texte à l’Assemblée nationale. Cela s’est fortement ressenti auprès de mes collègues parlementaires. Là où les langues régionales constituaient auparavant un vague sujet d’attention dans l’opinion, elles sont devenues un sujet majeur de défense du patrimoine immatériel. Je pourrais ajouter d'autres exemples. L'affaire des signes diacritiques est aussi assez emblématique. Si la technocratie d’État, représentée par le Conseil constitutionnel a fait de la résistance en interdisant les signes diacritiques, le peuple lui ne comprend plus cette attitude. Sa réaction est exprimée de façon claire et je l'ai souvent entendu : « L’administration n'a pas autre chose à faire que de nous emmerder avec ces questions ». Enfin, dans certaines régions, la question des langues régionales a été un thème de campagne des dernières élections régionales. On peut donc penser aujourd’hui, même si la situation reste très fragile et que la mobilisation ne doit pas cesser, que la courbe des locuteurs de certaines langues de France peut s’inverser. Comme je l’indiquais donc, le fait majeur qui s’est produit en 2021, au-delà du vote de la loi relative aux langues régionales et de l’opposition frontale du Ministre Blanquer que l’on a pu voir, c’est bien la bascule de l’opinion publique en la matière. Tout d’un coup, les médias hexagonaux ont commencé à évoquer ces sujets, et les rédactions parisiennes, souvent bien mal pourvues de connaisseurs sur le sujet, ont alerté leurs correspondants régionaux. Le Monde, Libération, Le Figaro ont tous traité le sujet avec sérieux et sont allés bien plus loin que les brèves auxquelles nous étions habitués. Les radios et télévisions ont également relaté cette inquiétude en évitant de tomber dans le piège de la revendication des ploucs ou du combat d’arrière-garde que nous avions pu entendre auparavant. Et que dire de la ligne éditoriale de notre presse quotidienne régionale. Si en effet, il s’agissait de médias plus enclins habituellement à défendre la cause des langues régionales et à traiter le sujet de manière approfondie, j’ai été profondément surpris de l’ampleur que le sujet a pu avoir dans certaines colonnes. Dans Le Télégramme, Le Courrier Picard ou Ouest-France, le vote de la loi s’est affiché en une des quotidiens dés le lendemain. Et à travers ce traitement médiatique, c’est véritablement l’opinion publique qui s’est emparée du sujet, là où d'habitude une majorité silencieuse voyait les choses d’un œil très distant et peu intéressé. Il faut dire tout de même que nos adversaires nous ont un petit peu aidé en la matière. Rappelons-nous : lors de l’examen du texte en première lecture en février 2020, les députés de la majorité adoptent le texte, mais le vident en partie de sa substance en retirant l’ensemble des articles relatifs à l’enseignement. La pression du Gouvernement représenté ce jour là par Jean-Michel Blanquer était trop forte. La loi comportait cependant quelques avancées notables. L'inscription des Langues régionales dans le code du patrimoine avec une obligation pour l’État et les collectivités locales de procéder à leur préservation. La sécurisation de l'affichage bilingue en particulier routier. La modification de la loi Toubon pour que celle-ci ne s'oppose plus à l'usage des langues régionales. Enfin, l'acceptation des signes diacritiques dans l'Etat civil. L'attitude des sénateurs a aussi été déterminante. Ils décidèrent non seulement de voter conforme tout ce qui venait de l'Assemblée, mais surtout ils réintroduisirent des dispositions majeures concernant l'enseignement, comme l’autorisation de l’enseignement par immersion, l’instauration du forfait scolaire pour les écoles associatives ou la généralisation de l’offre d’enseignement en langue régionale. Si le Ministre Blanquer ne s’attendait pas à pareille attitude de la part de la chambre haute, il ne pouvait s’attendre non plus au vote historique de cette loi avec l’ensemble des avancées réintroduites au Sénat. Par 247 voix contre 74, les députés ont définitivement entériné le texte par une écrasante majorité et ce contre l’avis du Gouvernement. Les députés de la majorité ont préféré en l’espèce suivre leur propre conviction, conforme à leur terre d’élection, plutôt que de répondre aux injonctions gouvernementales et celles de leur groupe. Voilà une avancée historique. Et c’est bien le conservatisme du ministre Blanquer, bien aidé par le Conseil constitutionnel, au terme d'une forfaiture politico-judidiare, qui a fini de retourner l’ensemble de l’opinion publique contre lui. Car on a peine à croire que le tildé sur le prénom du petit Fañch puisse constituer une menace pour la République. Et surtout, plus personne ne comprend cet acharnement contre nos langues. L’exécutif a fini par le comprendre en annonçant la couleur à la suite de la censure par le Conseil constitutionnel de l’enseignement par immersion : les écoles associatives ne seront pas impactées à la rentrée scolaire et les expérimentations dans le public seront développées. Ce contrepoint de l’exécutif à l’adresse du Conseil constitutionnel surprend les juristes. Mais cela a pu tout de même rassurer les parents et les acteurs de l’enseignement en langue régionale. Et cela a été renforcé en décembre lorsque le Ministre Blanquer a signé une circulaire, contredisant en tout point la décision du Conseil constitutionnel. Juridiquement, c’est très bancal. Mais c’est une victoire dont on ne manque pas de saluer les bénéfices. En conclusion, je dirais que le combat est loin d’être gagné, et que les efforts des militants sont aujourd’hui encore absolument nécessaires. Mais les progrès sont réels y compris au niveau juridique, et j’espère aujourd’hui que nous commençons à apercevoir le bout du tunnel. Le travail concerté entre les enseignants, les élus, et les soutiens portent leurs fruits car il ne s’agit que d’une question de rapport de force. Le plus important est que les mentalités changent. Je ne désespère pas qu’un jour, dans nos écoles, tous les élèves qui le souhaitent pourront avoir la possibilité de réaliser leur enseignement en français et dans la langue de leur territoire.   Paul Molac, député du Morbihan (Breizh/Bretagne).
Ramon Faura participe à l'émission « Lo Miègjornau » sur Ràdio Lenga d'Òc
à - Sant Joan de Vedats (Llenguadoc) (03-04-2022)
Le 1er avril 2022, j'ai participé à l'émission « Lo Miègjornau » animée par la journaliste brésilienne et occitaniste Gisèle Naconaski sur Ràdio Lenga d'Òc, dont les locaux se trouvent à Sant Joan de Vedats (Saint-Jean-de-Védas), à côté de Montpellier. L'autre invité, à mes côtés dans le studio, était Alain Bessière, president du Cercle Occitan de Montpellier. (Ecoutez l'émission en cliquant ICI) « Lo Miègjornau » propose de revenir sur les actualités locales, nationales et internationales en occitan. Cette émission dure environ 1h et est diffusée tous les jours de la semaine à 12h. Toutes les émissions de Ràdio Lenga d’Òc sont disponibles en podcast sur le site. La radio échange des émissions avec plusieurs autres radios occitanes : Ràdio País, dans le Béarn, Radio Albigés ou encore Ràdio Occitània. Le Miègjornau est diffusé en différé sur toutes ces radios. J'ai aussi eu le plaisir de discuter avec Bruno Cecillon, comédien et Directeur de Radio Lenga d'Òc qui m'a expliqué comment les grand locaux étaient partagés entre la radio et une compagnie de théâtre professionnelle en occitan.   Les échanges entre militants occitans et nord-catalans sont trop rares et le merveilleux accueil que j'ai reçu m'a donné envie d'aller plus loin. Pourquoi ne pas faire un Livre Blanc de l'Occitanie? Dors-et-déjà, le Collectif Angelets de la Terra de musiciens pour la langue catalane intègre le groupe Goulamas'k qui chante en catalan, occitan et français. Ce groupe de ska est situé à Puègserguièr (Puisserguier) dans le département de l'Erau (Hérault). Fred, le chanteur, est d'origine catalane et Goulamas'k avait participé au premier Concert per la Llibertat organisé par les Angelets de la Terra, à Alenyà, le 1er avril 2018, en soutien aux prisonniers et exilés politiques sud-catalans.
Traditions : “Diada” de Saint Jordi, fête de la catalanité, de la rose, du livre et de l’amitié 
(01-04-2022)
  Le 23 avril est le jour de la célébration de la fête de Saint Jordi, patron de la Catalogne, qui – dans les médias - porte aussi le nom de la journée du livre et de la rose. C’est une fête qui est célébrée dans tous les Pays catalans mais qui depuis quelques années a dépassé largement ce cadre et on voit apparaître à Tokio, New York ou Paris des stands où on vend ce jour-là des roses - souvent accompagnées d’un épi de blé avec un ruban aux couleur catalanes - et des livres. Dans les grandes villes catalanes c’est une fête spectaculaire où l’ambiance de fête envahit les rues, malgré le fait qu’elle ne soit pas officiellement chômée.  La rose, initialement le cadeau classique et symbolique que fait le prétendant à sa bien-aimée avec des références chevaleresques, est maintenant devenu un symbole d’amitié qu’on offre à des personnes qu’on aime bien, sans forcément tenir compte de la connotation d’origine. Cette tradition date du XVème siècle et est dès le début liée à la célébration de la fête de Saint Jordi. C’est donc une tradition ancienne. Elle aurait même des racines romaines et serait en relation avec les offrandes florales à la déesse Flora. L’épi, initialement un symbole de fertilité, devient avec le temps le rappel que l’été se rapproche.  Le livre est un élément qui n’apparaît que dans les années vingt du siècle dernier. C’est initialement une initiative des éditeurs pour promouvoir la littérature, or dès le début ce geste est compris comme un moyen pour faciliter la diffusion de la production littéraire catalane. En effet lors du renouveau du sentiment catalan au XIXème siècle, la “Renaixença”, après cent ans de dure répression de la langue catalane en Espagne, la littérature devient le seul refuge de la catalanité. Curieusement ceci fait penser à l’importance de la Torah après la destruction du Temple de Jérusalem qui devient le refuge du judaïsme. Il n’y a pas d’État, mais il y a la parole écrite ! En Catalogne, la poésie, les concours de poésie, les “Jocs florals” deviennent le premier support des futures revendications nationales. Maintenant, dans le cadre des célébrations de la Diada de Saint Jordi, le livre devient le symbole de la culture en général, sans perdre totalement son impacte spécifiquement catalan.  Mais pourquoi cette “Diada” se célèbre justement le jour de la Saint Jordi ? Ce Saint, un martyre légendaire, que la tradition situe en Cappadoce, joue un rôle important dans l’imaginaire catalan. D’une part à travers la légende du combat de Saint Georges avec le dragon, et d’autre part lors des combats des armées chrétiennes contre les Maures dans la Péninsule ibérique.  La légende nous raconte qu’un dragon effrayant terrorisait la ville catalane de Montblanc et toute sa région. Pour calmer le monstre, la population était obligée de remettre au dragon tous les jours une personne. Un jour, ce sort touchait la fille du roi. Au moment où elle quitte la ville pour se livrer à la “Bête” apparaît un chevalier sur un cheval blanc avec une armure dorée et brillante. C’est Saint Jordi qui sauve la fille du roi et vainc le dragon. Parfois la légende rajoute qu’un rosier pousse dans la flaque de sang du dragon – ce qui fait un lien avantageux avec le thème chevaleresque de la rose.  Le thème du combat de l’homme avec la Bête est omniprésent dans la mythologie humaine. Et le dragon, un genre de serpents, avec des pattes et des ailes, hante l’imaginaire humain depuis les civilisations mésopotamiennes. On pourrait même avancer la thèse que le combat entre le justicier et le monstre ne représente qu’un même et unique personnage : l’être humain avec ses contradictions innés, l’animalité et l’esprit. Dans la mythologie orientale, le dragon est plutôt un symbole positif, un porte-bonheur. La même chose se passe dans la littérature enfantine en Catalogne où le dragon devient un animal sympathique. Cette complexité souligne à nouveau l’unité intrinsèque “bête-héros” qui caractérise l’être humain.     Saint Jordi apparaît aussi plusieurs fois en tant que sauveur dans les guerres contre les Maures. On lui attribue plusieurs victoires sur l’armée maure, notamment la victoire lors de la bataille d’Alcoraç en 1094 où Pere I remporte la victoire sur la puissante armée du roi arabe Almoçaben de Saragosse. Pour remercier le Saint, le roi le nomme patron de la chevalerie et le culte de Saint Jordi se répand dans tous les pays de langue catalane et au-delà. A Valence officiellement à partir de 1243, à Majorque en 1407 et en Catalogne en 1427. A partir du XVème siècle Sant Jordi est considéré le patron des Pays catalans, Catalogne, Pays valencien, les Baléares et également de l’Aragon. Évidemment l’intervention légendaire du Saint veut tout simplement justifier et “sanctifier” les guerres de conquête des armées chrétiennes contre les Maures.  Ils restent des traces intéressantes de cette époque dans l’imaginaire catalan. A Alcoi, Cocentaina et dans beaucoup d’autres villes du Pays valencien, comme d’ailleurs à Majorque avec un contenu légèrement différent, on célèbre des fêtes appelés “Maures et Chrétiens” qui remémorent ces batailles. Ce sont des mises en scène spectaculaires qui attirent toujours beaucoup de spectateurs. Les “Moros i Cristians” les plus importantes ont lieu justement le jour de Saint Jordi.    Il y a donc des liens puissants symboliques entre ce personnage légendaire et la Catalogne. La “Renaixença” culturelle du XIXème siècle établit tout naturellement le rapport entre la catalanité et le 23 avril. Et quand les éditeurs du XXème doutent entre plusieurs dates pour fixer le jour du livre et de l'édition, ils choisissent finalement le même jour pour faire le lien avec la culture catalane. La fête de Saint Jordi est devenue la fête de la catalanité, de la rose, du livre et de l’amitié.  Michel Leiberich, professeur d'Université (Palau del Vidre)
Traditions : La Sant Josep, fête des menuisiers, des bergers, des pères et du printemps
(01-03-2022)
(article Michel Leiberich, professor d'Universitat) La fête de la Saint-Joseph est célébrée le 19 mars. C’est une fête qui n’est pas toujours perçue comme une fête importante, mais elle laisse des traces multiples dans les traditions des pays de langue et de culture catalanes. D’abord, bien sûr, il y a la tradition de l’Eglise catholique occidentale qui honore ce jour-là le père nourricier du Christ, Joseph le charpentier. Presque oublié jusqu’au XIII siècle, Joseph est ensuite réhabilité et nommé par la suite Saint Patriarche de l’Eglise. La fête est suivie par les fidèles d’une manière inégale selon les régions, mais le prénom reste un des plus fréquents dans le domaine catalan : “De Joseps, Joans i ases, n’hi ha per totes les cases”. (Des Josephs, des Jeans et autres ânes il y en a dans toutes les maisons.) En plus Saint Joseph devient, tout naturellement, le Saint Patron des charpentiers à partir du XVI siècle et figure dans l’imagerie de leurs corporations. La seconde tradition liée à la Saint-Joseph est d’ordre agricole. A la mi-mars naît le petit bétail, les chevreaux, les agneaux et les veaux. Ceci crée une abondance de lait. En Catalogne on prépare pour cette fête du “mató” et de la crème catalane, appelée également la Crème de Saint Joseph – un produit qui prend ici le nom de “crème brûlée”. Le “mató” est un fromage frais, en général de chèvre, mais parfois aussi de vache ou de brebis élaboré à partir de lait pasteurisé à des températures plus élevées que celles utilisées pour la fabrication d’autres fromages blancs. Son goût est particulièrement doux et sans acidité. Il est souvent présenté en dessert comme “mel i mató”, fromage frais accompagné de miel. Même si certaines pâtisseries traditionnelles préparent toujours ce jour-là des “Crèmes de Sant Josep” dans des petits pots en terre, on trouve maintenant ces deux desserts toute l’année. Il y a des anthropologues qui affirment que le culte du lait a des racines préchrétiennes et ferait référence à d’anciens rites d’offrandes de lait à une déesse de la fertilité du printemps, déesse reconvertie plus tard en “vierge au lait”. A Gombrén dans les Pyrénées, par exemple, nous trouvons l’image troublante d’une source de la Mère de Dieu au lait dans le sanctuaire de Montgrony ou un jet d’eau sort du sein de la vierge. Cette imagerie rejoint-elle la représentation classique de la vierge allaitant l’enfant ou alors celle d’une tradition plus ancienne ? La troisième tradition est celle de la célébration de la fin de l’hiver et de l’équinoxe du printemps. “Per a l’Espòs de Maria, tan llarga és la nit com el dia”. (Pour la fête de l’époux de Marie la nuit est aussi longue que le jour.)   Les traditions des bûchers de printemps comme nous les connaissons le jour de la Saint-Jean ont existé dans le passé pour fêter l’arrivée du printemps mais ces rites ont presque disparu dans les pays catalans, sauf au Pays valencien où le feu est au centre des “Falles”. Dans plus de 90 municipalités du pays des foules admirent tous les ans plus de 1000 “falles”, des constructions en carton et bois peintes qui représentent des scènes de l’actualité publique parfois très critiques avec le monde politique. Le dernier jour de la fête qui dure une semaine tout sera brûlé dans un spectacle de feu, de lumière et de pétards. Ces fêtes s’inscrivent dans la tradition des rituels qui prétendent d’exorciser l’hiver et de chasser les mauvais esprits qui se pratiquaient un peu partout en Europe lors du Carême. Mais les “Falles” ne sont pas seulement un spectacle, mais un évènement culturel et littéraire, avec publication de revues et concours de poésie en langue catalane qui mobilise une grande partie de la population valencienne. La quatrième tradition qui marque la Saint-Joseph est cette de la fête des pères. C’est seulement depuis le XIX et le XX siècle que l’idée d’une fête des mères et des pères fait son chemin, souvent avec des arrière-pensées clairement commerciales. Dans certains pays de tradition catholique, comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie on raccroche la fête des pères à la Saint Joseph. Dans la plupart des autres pays européens cette fête est fixée en juin. En Allemagne c’est le jours de l’Ascension appelée “jour des hommes”. En France c’est le troisième dimanche du mois de juin, donc cette année le 19 juin. Cette diversité selon les Etats explique que la fête des pères n’est pas célébrée le même jour à Perpignan et à Gérone.   Recette de la Crème Catalanes : La Crème de Sant Josep pour 6 personnes : 1 l de lait, 200 de sucre, 8 jaunes d’œufs, 25 gr. de farine de maïs (Maïzena), un peu de zeste de citron, un bâton de cannelle. Mélangez dans un bol les jaunes d’œufs et la maïzena avec un peu de lait. Dans une casserole chauffez le reste du lait, le sucre, le zeste de citron et la cannelle et laissez bouillir deux minutes pour que le lait s’aromatise bien. Enlevez la casserole du feu et rajouter peu à peu le lait dans le bol avec les jaunes d’œufs et la maïzena en remuant sans cesse avec un fouet à main. Passez tout par un chinois et remettez ensuite tout sur le feu dans la casserole. Quand ça recommence à bouillit, enlevez la casserole du feu et mettez la crème dans des ramequins individuel. Vous pouvez brûler la crème avec un fer à brûler quand elle est bien froide. (La Cuina Catalana de Josep Lladonosa i Giró) Michel Leiberich, professeur d'Université (Palau del Vidre)  
"Ne mourons pas" : Barcelone et Kiev sont beaucoup plus proche qu'on ne le pense...
(27-02-2022)
Un film de Pawel Zbierski et Aleksandra Kondraciuk-Kedzierska Fontaine. Fontaine Media / Galerie Poray: "Nous avons commencé à tourner ce film dans le sud et le nord de la Catalogne dans les territoires espagnol et français, juste avant l'agression de Poutine. La guerre en Ukraine, qui dure toujours, a donné un nouveau contexte à cette histoire. Il y a plus de 3 000 km de Barcelone à Kiev. C'est beaucoup plus proche qu'on ne le pense... Ce film est dédié aux défenseurs des cultures et des langues en voie de disparition à travers le monde." Je suis heureux de participer avec mon père, ma mère et ma fille, ainsi que Josep Puigbert -ex directeur de la Casa de la Generalitat à Perpinyà- avec qui j'ai collaboré à plusieurs reprises, lors des actions de soutien des Angelets de la Terra aux prisonniers et exilés politiques sud-catalans, entre 2018 et 2019. Aleksandra Kondraciuk-Kedzierska Fontaine, actrice, écrivaine, danseuse, véritable tourbillon culturel, polonaise d’origine, française par naturalisation et catalane par pure passion a créé la galerie Poray à Sant Llorenç de Cerdans (Saint-Laurent-de-Cerdans). Dans cette galerie, on peut y découvrir les nombreux costumes de scène de la danseuse vedette du Lido, sa collection de chaussures de Clairvoy la marque iconique des cabarets et sa collection costumes qu'elle a créé pour la plupart. Elle organise deux ou trois fois par an des concerts et des expositions. La galerie accueille et donne à découvrir le travail de réfugiés politiques de la Pologne d’aujourd’hui. Ainsi Pawel Zbierski Poray, ancien journaliste de télévision, est aussi un cofondateur très actif dans la vie de la galerie. Pawel est le fils d'un grand archéologue polonais, petit-fils d'un sénateur de la Deuxième République polonaise. Dans le journalisme, il s'intéresse au sujet du multiculturalisme. Lors de l'Euromaïdan à Kiev, manifestations pro-européennes, il s'est fortement impliqué dans l'organisation de manifestations en Pologne en faveur de cette contestation, notamment devant les consulats de Russie et d'Ukraine. Ramon FAURA
Pyrénées-Méditerranée : changer de nom pour ne rien changer!
(10-02-2022)
La situation actuelle en Catalogne Nord évoque celle de 1970, quand, selon L'Indépendant de l'époque, 85% des Catalans du nord voulaient déjà changer le nom du département. Ils n'étaient pas d'accord entre eux. Ils avaient les mêmes positions inflexibles que nous avons aujourd'hui. Finalement, face à l'absence de consensus, rien n'a changé, le nom est resté « Pyrénées-Orientales ». Ferons-nous la même erreur 52 ans plus tard ?   Pays Catalan, Pyrénées Catalanes, Catalogne Nord, sont trois des principaux noms que nous revendiquons sans trouver de consensus. La Catalogne Nord, revendiquée par une majorité de "catalanistes", compte moins d'adeptes que les deux premiers. En 1970, Roussillon occupait la place qu'occupe aujourd'hui Pays Catalan dans l'esprit des gens. Un Roussillon majoritaire qui oubliait alors le Vallespir, le Conflent, la Cerdagne et le Capcir. Aujourd'hui, il semble qu'une majorité de Catalans du nord souhaite un nom qui revendique une identité catalane commune, et pas seulement l'identité Roussillonnaise, Vallespirenque, etc.   Pays Catalan, Pyrénées Catalanes, Catalogne Nord, sont trois options valables qui affirment notre "catalanité". Chacun de nous pense avoir la vérité, le meilleur nom, alors que cette vérité est une carte qui un jour a été brisée en mille et un morceaux. Chaque personne détient un de ces morceau. Ensemble, nous avons tous les morceaux de cette carte que nous devons reconstruire petit à petit. Quand certaines personnes disent : « J'ai la vérité, je sais le nom qu'il faut pour le département », il faut leur faire comprendre qu'il est important d'écouter et d'inclure ce que pensent les autres, surtout s'ils sont majoritaires.   Les Angelets de la Terra sont en faveur du Pays Catalan, des Pyrénées Catalanes et de la Catalogne Nord, sans oublier la possibilité d'adjoindre Fenouillèdes en sous-titre. Il faut garder à l'esprit ce qu'il s'est passé en 1970 et ne pas laisser d'arguments à ceux qui veulent faire disparaître l'identité catalane. Nous ne voulons pas nous retrouver encore avec Pyrénées-Orientales. Nous ne voulons pas non plus de Pyrénées-Méditerrannée qui ne nous indentifie ni culturellement, ni géographiquement car Llança ou Figueres possèdent aussi les Pyrénées et la Méditerranée. Cela n'apporterait aucun changement en réalité.   Ce n'est pas que nous soyons gênés par le mot "Orientales" ou que nous n'aimions pas la mer et les montagnes que nous partageons avec les autres. On veut juste avoir ce que les Occitans ont avec la région Occitanie, les Bretons, les Corses, etc. : notre nom, catalan(e).
Les Angelets de la Terra rencontrent Jordi Pujol, président de la Generalitat de Catalunya de 1980 à 2003
à - Barcelona (CATALUNYA SUD) (05-02-2022)
Us presentem el general Franco (« Nous vous présentons le général Franco »), un manifeste écrit en 1960 par Jordi Pujol le conduira derrière les barreaux. Activiste catalan contre la dictature, il sera torturé dans les geôles franquistes. Séquence dramatique qui lui vaudra l’image d’un Charles de Gaulle catalan. Un an avant la fin de la dictature, en 1974, Jordi Pujol anticipe le retour de la démocratie et fonde Convergencia Democratica de Catalunya (CDC). Le parti catalan hégémonique dirigera la Catalogne pendant quatre décennies, dont les présidents Artur Mas et Carles Puigdemont sont issus.   Joan Planes et Ramon Faura ont eu l'honneur de déjeuner avec Jordi Pujol, le samedi 5 février 2022, à Barcelone. La réunion a eu lieu à la demande des Angelets et avec l'aide d'Oriol Pujol, ancien député de la Generalitat de Catalogne et fils de Jordi Pujol. Les deux fondateurs des Angelets de la Terra ont souhaité interroger Jordi Pujol sur sa vision de ce que signifie être catalan et sur les liens entre la Catalogne Nord et Sud, à travers les projets qu'il a porté lorsqu'il était président (Casa de la Generalitat, hôpital transfrontalier, Eurorégion, soutienà la Bressola et à l'USAP, etc.). Enfin, Jordi et Oriol Pujol se sont montrés très intéressés par la situation du catalan en Catalogne Nord et nous ont posé de nombreuses questions sur l'action des Angelets. Nous aurions voulu leur poser plus de questions et c'est pourquoi nous espérons qu'ils pourront bientôt venir en Catalogne Nord pour poursuivre cet échange.   Les Angelets s'inquiètent des attaques contre l'enseignement immersif et les médias publics en catalan en Catalogne Sud. Ces dernières années, nous avons vu les nombreuses tentatives de discréditer la police catalane, les Mossos d'Esquadra et les politiciens catalans. Il est clair que les partis espagnols d'extrême droite du PP, Ciutadanos et VOX tentent de détruire tous ces instruments de reconstruction de la Catalogne, imaginés en grande partie par Jordi Pujol, pendant son mandat de président et lorsqu'il était emprisonné par le dictateur Franco. Plusieurs documentaires ont montré le sale jeu de l'Espagne qui a tenté de discréditer avec de fausses accusations tous les principaux politiciens Catalans. La justice espagnole a emprisonné des membres du gouvernement du président Puigdemont pour avoir permis aux Catalans de voter et le musicien Hassel pour avoir critiqué la couronne espagnole, qui est corrompue et protégée par le gouvernement et la justice. Ils continuent également de persécuter des milliers de maires et de citoyens sud-catalans. Les Angelets de la Terra ont une mémoire et seront toujours solidaires des frères du Sud de l'Albera. Ils veulent affirmer leur soutien à tous les sud-catalans et veulent exprimer leur respect au président Jordi Pujol dont ils s'inspirent. D'ailleurs, nous pensons que tous les Catalans s'en inspire, de façon consciente ou inconsciente. Sa vision d'une Catalogne ouverte sur le monde et de ce que c'est que d'être catalan nous aide aussi à penser la Catalogne Nord de demain.
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